Très haut débit : Numericable vire en tête

Au petit jeu du comptage des prises raccordées et du nombre d’abonnés très haut débit, le câblo-opérateur vire largement en tête avec 7 fois plus de clients qu’Orange. Un leadership fragile au vu des technologies mises en œuvre (FTTB et FTTLA). Et qui ne fige en rien le partage du futur gâteau du très haut débit.

Le PDG de Numericable a pu, lors de sa conférence de presse de rentrée, se faire plaisir en annonçant que sa société virait en tête au classement du nombre d’abonnés au très haut débit en France. Là où France Télécom, quelques jours auparavant, avait péniblement pu recenser 14200 abonnés, loin des 100 000 espérés en fin d’année, et du confesser un retard d’environ un an dans la phase de « pré-déploiement » de son réseau ad hoc, Numericable a présenté un bilan plus glorieux. Sept fois plus d’abonnés – 104 000 clients exactement -, ce qui représente 11% de ses abonnés à internet. Et 2,7 millions de prises activées pour recevoir un débit descendant jusqu’à 100 Mbit/s, ce qui surpasse de beaucoup la situation actuelle de France Télécom (1 million de prises, au mieux, à la fin 2008).

Sauf que la situation n’est pas tout à fait aussi idyllique. Car Numericable et France Télécom ne parlent pas tout à fait du même « très haut débit », même si dans l’immédiat, les performances pour l’abonné sont similaires. Le premier utilise une combinaison de fibre optique pour le réseau principal, puis des nœuds de raccordement jusqu’au bas des immeubles (FTTB, voir en fin d’article), avant de passer le relais au coaxial dans ces derniers, jusqu’au logement de l’habitant. Dans certains cas, des répartiteurs intermédiaires peuvent même accélérer encore l’acheminement, par exemple jusqu’à un étage (FTTLA) mais il reste toujours une portion de coaxial à emprunter. Ce qui, techniquement, empêchera ultérieurement de dépasser les débits de 100 M/bits. Mais comme la plupart des internautes s’en contenteraient largement aujourd’hui…

De son côté, France Télécom est engagé dans une autre stratégie, dite de FTTH, qui consiste à amener la fibre jusqu’au logement de l’abonné. La démarche est plus complexe sur le plan juridique (il faut des accords de syndic), elle pourrait aussi les exposer à l’obligation d’ouvrir ce nouveau réseau aux opérateurs concurrents, si l’Europe persiste dans sa volonté de (dé)régimenter. Elle est également fort couteuse sur le plan du génie civil.

Il n’est donc pas anormal de voir aujourd’hui Numericable mener le bal du très haut débit. Mais cela ne préjuge en rien de la future répartition des forces. Car si le câblo-opérateur peut, relativement rapidement, proposer une offre séduisante à ses quelques huit millions de prises raccordables, il n’aura pas de passe-droit pour poser les derniers mètres de fibre optique dans les logements. Et surtout, la perspective d’un plan national pour le haut et le très haut débit, qui devrait voir les principaux opérateurs proposer des solutions pour la meilleure couverture possible de la population, risque de rebattre les cartes.