Très Haut Débit : Angoulême la joue sociale

En marge du second forum du très haut débit, organisé par le Réseau Ideal les 25 et 26 juin en Charente, la Communauté d’Agglomération du Grand Angoulême a annoncé une initiative inédite pour câbler en priorité 3500 logements de son parc social en THD. La solution est une extension de sa DSP en cours pour le haut débit, assortie de la fourniture d’une « box » neutre chez les locataires. Des abonnements à moins de 20 euros par mois semblent possible.

Le très haut débit est une problématique récente, qui n’a vraiment émergé dans les préoccupations des collectivités locales qu’à partir de 2006, alors que la plupart d’entre elles se trouvaient encore aux prises avec leurs plans haut débit et l’amélioration de la couverture des zones blanches. Depuis, les salons se multiplient, et le Forum du Très Haut Débit du Réseau Idéal, organisé l’année dernière à Saint-Étienne, a tenu sa seconde édition à Angoulême, les 25 et 26 juin. A noter également à venir en septembre la troisième livraison du salon Odebit, dont Citizen-E France est également partenaire.

A Angoulême, de nombreux points ont été passés en revue, depuis les montages juridiques et financiers, jusqu’aux aspects d’ingénierie et sociétaux de l’accès au très haut débit. Environ 150 personnes avaient fait le déplacement, certains venus de l’autre bout de la France, un chiffre qui n’est pas mauvais compte tenu de la profusion d’évènements en ce mois de juin et de la distance.

Un arsenal réglementaire mais rien pour les collectivités?

Citizen-E France animait l’atelier consacré au logement social et à la recherche de solutions pour ne pas laisser se recréer, à l’heure du THD, une fracture numérique qui découlerait de la cherté des tarifs pratiqués par les opérateurs et/ou de leur désintérêt, à priori, pour cette catégorie de clients. Au cours de cette session, Guillaume Mellier , responsable du pôle aménagement numérique du Cete Ouest est d’abord revenu sur les dispositions réglementaires qui se mettent en place, sous l’égide notamment du ministère des Finances et avec l’arbitrage de l’Arcep. Un arsenal qui reste à finaliser et qui fait l’objet d’appels à commentaires, mais dont plusieurs participants dans la salle ont regretté qu’il ne donnait pas beaucoup de moyens aux collectivités territoriales pour peser sur les opérateurs.

C’est pourquoi l’intervention de Jean-Luc Sallaberry, chargé TIC à la ComAGA (Communauté d’Agglomération du Grand Angoulême), assisté de l’avocat Terence Cabot du cabinet Latournerie Wolfrom & Associés, a été particulièrement suivie. Car ils sont venus d’une part présenter une étude sur le comportement actuel et à venir des habitants du parc social de l’agglomération en matière de consommation « très haut débit », c’est-à-dire abonnements internet, TV et téléphonie. Et d’autre part expliquer plusieurs scénarios étudiés par leurs équipes pour réussir à « brancher » ce parc au plus vite sur la fibre.

Ces scénarios, au nombre de quatre ont été passés en revue. Le premier, rapidement écarté, consistait à « laisser faire », c’est-à-dire à rester spectateur des manœuvres des opérateurs lancés dans la course « premier arrivé, premier servi ». Le second s’appuyait sur un appel d’offres de services pour choisir un prestataire assurant le câblage des immeubles et offrant aux locataires ses abonnements triple play. Le bailleur payait ce service à l’opérateur et refacturait aux locataires. Outre qu’il n’a pas, ainsi, de maîtrise sur l’évolution des infrastructures, le risque d’un appel d’offres infructueux est réel.

Moins de 20 euros par mois

Le modèle dit suédois est au cœur d’un troisième scénario qui voit le bailleur construire lui-même le réseau vertical et choisit ensuite un opérateur (affermage ou DSP) qui l’exploitera et le commercialisera auprès des FAI. Cette solution est séduisante mais revient cher, en investissement comme en fonctionnement. Enfin le scénario 4, à savoir le lancement d’une DSP pour la conception, la construction, l’exploitation et la commercialisation d’un réseau THD présentait l’avantage de se raccorder logiquement au réseau Haut débit actuellement mis en place par la Comaga dans le cadre de la DSP Solstice avec l’entreprise Covage. Mais la grande innovation d’Angoulême est finalement – validation juridique en cours mis à part  -, de prévoir un amendement à la DSP Solstice et de demander à la Covage de réaliser le fibrage de 3500 logements, en même temps qu’elle réalise leur connexion au réseau haut débit. Les coûts de génie civil sont ainsi réduits. Autre innovation majeure, Covage va lancer un appel d’offres auquels plusieurs constructeurs semblent déjà prêts à répondre pour livrer des box neutres dans les logements, avec un bouquet de services déjà très attractif (VOIP, internet, TNT, etc) pour un prix très concurrentiels, sans doute inférieurs à 20 euros mensuels. Les autres FAI pourront toujours proposer des offres plus conséquentes et plus onéreuses, mais ne pourront plus s’abriter derrière la fourniture de leur « box » pour pratiquer des tarifs (« tous aux alentours de 29,90 euros » ironise Jean-Luc Sallaberry). De fait, il faut considérer cette solution technique comme la fourniture d’une véritable prise « très haut débit » dans les logements. Et la Comaga espère bien que grâce au succès de cette première vague de « fibrage », les opérateurs seront beaucoup plus enclins à participer aux suivantes sur le parc social, ce qui n’était pas une évidence auparavant.