L’Allemagne et la Suède perquisitionnent en ligne

Un Echelon de plus, gravi dans la défonce des libertés

Les deux pays s’apprêtent à durcir leur arsenal législatif et à donner à leurs polices ou leurs spécialistes du renseignement le droit d’espionner les échanges électroniques des citoyens. Inquiétant bien sûr. Mais c’était déjà le cas auparavant, non ?

 

A la limite, les initiatives prises en Allemagne et en Suède concernant la surveillance des échanges électroniques et la visite à distance des ordinateurs de leurs citoyens, vont peut-être avoir un mérite ! Celui de réveiller chez ces derniers la conscience qu’ils sont surveillés lorsqu’il surfent. Et ce, probablement depuis longtemps. Les américains ont par exemple avec le réseau de satellites espions Echelon la possibilité depuis longtemps de surveiller toutes les conversations, en particulier téléphoniques, sur la planète. Et ils ne s’en servent pas que pour gagner la guerre contre le terrorisme en Irak. Leurs écoutes servent aussi les intérêts commerciaux des entreprises US, en lutte avec leurs concurrents européens par exemple.

Comme d’habitude (cf vos livres d’histoire et Georges Orwell), la menace terroriste justifie la prise de mesures spectaculaires et probablement liberticides. En Allemagne, elle conduit même à une sorte d’union nationale puisque les deux partis (centre droit CDU et centre gauche SPD) qui se partage déjà le pouvoir, se sont mis d’accord pour proposer la nouvelle loi. Celle-ci augmente les prérogatives de la police fédérale qui pourra, en cas de menace, intervenir sans l’autorisation des polices régionales pour surveiller les suspects. Installation de caméras à domicile et surtout espionnage de l’ordinateur à distance, grâce à l’envoi de courriels contenant des chevaux de Troie, sont au programme. Au passage, notons que la police enfreint ici au moins une loi, car l’envoi de virus n’est pas autorisé en Allemagne non plus

Même tendance en Suède où le parlement vient de voter un texte qui permet  à l’Agence d’écoute
militaire suédoise d’intercepter les courriels et les communications téléphoniques qui entrent dans le pays et qui en sortent. Le président de la CNIL suédoise, Anders Eriksson, s’est un peu offusqué de l’affaire en expliquant, à peu de choses près, « que les suédois sont favorables à une loi qui permet de surveiller les autres, mais pas si elle agresse leurs droits et libertés ».  Mais ce brave homme est naîf ou feint de l’être : que peut-il attendre d’un gouvernement qui a eu l’humour de le nommer, lui, un ancien des services secrets, à la tête de la CNIL locale ?

Des qui ont de l’humour, et depuis longtemps, ce sont les activistes de The Pirate Bay. A la suite du vote de la loi en Suède, ils ont décidé de contre-attaquer. Et s’ils y parviennent, le moins que l’on puisse dire, c’est que le débat va prendre de l’ampleur ! Qu’on en juge : ils ont d’abord prévu de fournir aux suédois des logiciels pour encrypter leur disque dur et rendre illisibles leur navigation sur la Toile. Ensuite, ils veulent mettre en place un VPN (Réseau Privé Virtuel) pour communiquer en toute confidentialité. Enfin, et cela constituerait une grande première, ils ont promis de demande aux FAI internationaux de bloquer le trafic vers la Suède. Pas certain que ceux-ci jouent le jeu. Les lois du commerce et celles de l’éthique sont parfois difficilement compatibles.