09/02/10
citizen-e le magazine de l'e-administration


     

SANS FRONTIERES
Cebit 2008 : l’administration électronique française sans voix
05-03-2008

Le discours d’Hervé Novelli prononcé au cours de la Conférence franco-allemande des TIC au CeBIT, n’a pas eu plus de saveur que celui de Nicolas Sarkozy lors de l’inauguration du salon. Morceaux choisis…

C’est un ministre bredouillant et manifestement pas maître de son dossier qui a prononcé le discours d’ouverture de la première conférence franco-allemande des TIC. Dans la foulée de l’inauguration du pavillon français du CeBIT (du 4 au 9 mars à Hanovre) avec Angela Merkel, Hervé Novelli, secrétaire d’Etat en charge des entreprises et du commerce extérieur, s’est en effet livré, mardi 4 mars, à un exercice oratoire totalement insipide. Se contentant d’un état des lieux de la sphère des technologies de l’information, il s’est montré incapable d’indiquer une direction à suivre ou de développer une politique volontariste en matière d’usages et de développement socio-économique du secteur.

L’occasion était pourtant belle : ouverture du plus grand salon mondial de l’informatique et des technologies de l’information, première conférence  bilatérale (Allemagne et France, deux des trois pays européens les plus en pointe sur le sujet) sur les TIC, présence du Président de la République française et de la Chancelière allemande, inauguration de l’année franco-allemande des TIC, la France invitée d’honneur du CeBIT, le Bitkom et le Syntec informatique (les chambres patronales des éditeurs et sociétés de services informatiques respectifs de deux pays) mobilisés… Toutes les conditions étaient réunies pour un discours fondateur.

Vision zéro

Quelles seront la politique et la vision de la France en matière de développement des technologies de l’information dans les années à venir ? Pas plus l’auditoire que le sous-ministre, apparemment, n’en sauront davantage à l’issue de son allocution. Hervé Novelli s’est, pendant vingt minutes, cantonné à une énumération d’actions en cours depuis plusieurs années, rappelant au passage qu’ « Internet est une révolution virtuelle, mais aussi économique ». Il était temps, en 2008, que le secrétaire d’Etat s’en aperçoive. Mais il eut d’autres fulgurances du type, « la fibre optique, c’est l’avenir », ou encore, « il faut accompagner les nouvelles technologies auprès des entreprises et des citoyens ».

Alors, oui, il a bien rappelé, sous les yeux d’un Michael Glos, ministre allemand de l’Economie, visiblement ébaubi, les actions en cours depuis plusieurs gouvernements en matière de crédit d’impôts recherche (CIR), la création des pôles de compétitivité (dont certains en coopération avec des entreprises d’outre-Rhin pour les technologies de l’information), la politique visant à favoriser l’innovation avec la création d’une agence spécifique, les projets de clusters Eureka, etc. Et se lançant dans une politique fiction très osée, il a plaidé pour le développement « des réseaux du futur et des nouveaux services », grâce à la fibre optique, la télévision du futur, l’information à grande vitesse (mais pas trop vite quand même, sinon c’est dur à suivre), le déploiement du très haut débit… Une litanie et des reprises des thèmes déjà évoqués par Nicolas Sarkozy lors de l’inauguration du CeBIT (Hervé Novelli a plusieurs fois employé le mot « rupture » concernant la haute définition, la TV numérique ou encore la TNT et la téléphonie mobile personnelle…) ou par Christine Lagarde, ministre de l’Economie, pour son projet de loi sur la modernisation de l’économie qui sera présenté ce printemps au Parlement.

L’e-administration aux oubliettes

Mais la grande absente de ce pensum fut sans conteste l’administration électronique, dont les technologies de l’information constituent pourtant la clé de voute. Et ce, sans parler de la dépense publique en la matière, l’un des principaux piliers de la croissance économique du secteur. Hormis une brève allusion à l’aménagement numérique du territoire et au service téléphonique universel, Hervé Novelli n’a pas eu la moindre parole sur le développement de l’administration électronique, les services rendus par les technologies de l’information aux citoyens et usagers des services publics ni sur leur apport à la réforme de l’Etat et de l’administration. A la décharge du ministre, ce ne sont pas des sujets qui concernent le commerce extérieur. En revanche, les entreprises du secteur sont d’évidentes « clientes » pour déployer des stratégies à l’international. Le silence assourdissant, depuis quelques jours, de leurs représentants, à commencer par ceux du Syntec, donne une bonne indication de leur déception après cette semaine allemande ratée.

Jean Nogaro

 
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